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L' Apparition , Notre Dame de Pontmain - Le Chapelet

Le jour où le ciel s'est ouvert

Pontmain, le 17 janvier 1871. Il fait nuit. Il fait froid. La France est en guerre. Paris est assiégé. Les Prussiens, vainqueurs, sont aux portes de Laval. A Pontmain, c'est l'angoisse : on est sans nouvelles des 38 jeunes mobilisés. Ce soir-là, Eugène Barbedette aide son père à piler les ajoncs dans la grange. Son jeune frère, Joseph, est là aussi. Eugène sort « voir le temps ».

Une belle dame...
C'est alors qu'il voit au-dessus de la maison d'en face une belle dame à la robe constellée d'étoiles qui le regarde en souriant et en tendant les mains en avant. Les villageois accourent vers la grange.
D'autres enfants voient à leur tour. Un ovale bleu avec quatre bougies éteintes vient entourer la Belle Dame.
Autour de Monsieur le Curé et des religieuses de l'école s'organise une veillée de prière.
« Priez mes enfants »
On récite le chapelet, puis le Magnificat, quand une banderole se déroule entre l'ovale et le toit de la maison.
Lettre après lettre, un message s'inscrit, aussitôt épelé et lu par les enfants, pendant que la foule chante les litanies de la Sainte Vierge, l'Inviolata et le Salve Regina.

MAIS PRIEZ MES ENFANTS DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS •
MON FILS SE LAISSE TOUCHER

La ferveur grandit et les enfants manifestent leur joie : « Oh ! Qu'elle est belle ! ». On chante Mère de l'Espérance.
Soudain les enfants deviennent tout tristes alors que le visage de Marie est empreint lui aussi d'une profonde tristesse.

Marie montre Jésus
Une croix rouge apparaît devant elle portant Jésus tout sanglant. Au sommet de la Croix, sur une traverse blanche, s'écrit en rouge le nom de Celui qui est là : JESUS-CHRIST. Marie saisit le crucifix à deux mains et le présente aux enfants tandis qu'une petite étoile allume les quatre bougies de l'ovale. On prie en silence. On chante Ave Maris stella. Le crucifix rouge disparaît. Marie reprend l'attitude du début, les mains tendues dans un geste d'accueil. Une petite croix blanche apparaît sur chacune de ses épaules. Tout le monde s'agenouille dans la neige pour la prière du soir. Bientôt un grand voile blanc se déroule à partir des pieds et peu à peu la recouvre entièrement. «Tout est fini» disent les enfants. Chacun retourne chez soi, le cœur apaisé. Onze jours plus tard l'armistice est signé. Les Prussiens n'étaient pas entrés à Laval.

Les pèlerins affluent
Des grâces de toutes sortes sont obtenues. Après une enquête et un procès canonique, l'évêque de Laval, Mgr Wicart, déclare : « Nous jugeons que l'Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, a véritablement apparu le 17 janvier 1871, à Eugène et Joseph Barbedette, Françoise Richer et Jeanne-Marie Lebossé dans le hameau de Pontmain. »

Notre Dame de Pontmain : 1871 , le contexte de l' Apparition - le Chapelet

C'est l'hiver, c'est la guerre. Les troupes de Guillaume 1er, roi de Prusse, ne cessent de l'emporter sur celles de Napoléon III ; le 19 septembre 1870, elles ont commencé le siège de Paris ; le 12 janvier 1871, elles sont entrées au Mans, progressant vers l'Ouest, elles sont aussi entrées en Mayenne.
Le 17 janvier, une pointe avancée de l'armée prussienne arrive aux portes de Laval. Parmi les soldats français règnent le désordre et la panique. Dans les campagnes, les paysans cachent ce qu'ils ont : argent, linge et nourriture. Aux misères de la guerre s'ajoute une épidémie de typhoïde et de variole.


Pontmain est touché. Sur une population d'environ cinq cents habitants, la paroisse a vu partir trente-huit jeunes appelés sous les drapeaux. On était sans nouvelles. Tout allait mal. Les paroissiens disaient : « On a beau prier, le bon Dieu ne nous écoute pas ». Le dimanche 15 janvier, après les vêpres, le curé avait entonné comme de coutume le cantique de Saint-Brieuc :

Mère de l'Espérance
Dont le nom est si doux
Protégez notre France,
Priez, priez pour nous.

Il s'était retrouvé seul à chanter. Se retournant, il exhorta les paroissiens. Ils chantèrent, mais en pleurant.
Le mardi 17 janvier 1871, on demeurait dans l'angoisse et la désolation. Il fait froid. La neige couvre le sol et les toits. Le ciel est pur quand vient la nuit toute constellée.

L' Abbé Guérin , curé de Pontmain -Le Chapelet

Ces quelques lignes ne sont pas une biographie de Michel Guérin, mais l'esquisse d'un portrait d'un prêtre de chez nous. Par sa foi, sa prière confiante et son amour du prochain, il a transformé une paroisse qu'il a créée et portée en son cœur jusqu'à son dernier souffle : « Pour vous, restez de bons chrétiens... Oh ! oui, que la paroisse reste toujours ce qu'elle est » furent ses dernières paroles le 29 mai 1872.

Des temps difficiles
Après la tourmente révolutionnaire, les paroisses de France se trouvent en face de nombreuses difficultés : églises ruinées, mobilier détruit ou délabré. Telle est la situation de la petite chapelle rurale de Pontmain qui deviendra l'église : la toiture laisse passer l'eau, l'autel et les bancs sont vermoulus, il n'y a plus ni linges, ni ornements, ni vases sacrés.

Le zèle d'un prêtre
C'est alors qu'arrive au soir du 24 novembre 1836, l'abbé Michel Guérin, vicaire à Saint-Ellier du Maine. Il connaît la misère de Pontmain. Il est allé au Mans, supplier son Evêque de lui confier ce petit hameau perdu au milieu des champs. N'ayant pas de presbytère, il va se contenter d'une chambre meublée dans une modeste chaumière. Voilà ce qu'il écrira de ces débuts à son Evêque : « Oui ! Monseigneur, j'ai dit la messe sur une pierre sacrée posée sur des planches rapprochées les unes des autres ; mes confrères et moi avons prêché de dessus un établi » (lettre du 15 octobre 1844).

Un « fonceur »
Les jours qui suivent son arrivée, il se met au travail. Avec ses nouveaux paroissiens, il restaure la toiture, refait des bancs neufs. Les femmes préparent du linge d'autel et des ornements. De nombreuses réalisations viendront par la suite : tracé de nouvelles routes, érection de l'église en succursale, puis en paroisse, construction d'une école. Il fera même ouvrir un bureau de tabac (sans doute pour trouver à proximité son tabac à priser). Il a le sens du pratique. Il se donne à tous : en s'occupant des intérêts matériels de son petit peuple, il le gagne à Jésus-Christ. Très vite il fait de Pontmain une paroisse vivante et priante.

Un homme de prière
Son ministère repose sur la prière et une grande piété mariale, il intronise une statuette de la Sainte Vierge dans tous les foyers. C'est à partir de ce moment-là que dans chaque famille, on prie le chapelet tous les jours. Il fait ériger et bénit de nombreuses croix au bord des chemins. Il fait placer la statue de Marie dans le clocher. A partir du 8 décembre 1854 (définition du Dogme de l'Immaculée Conception), quatre bougies sont allumées sur l'autel de la Vierge à tous les offices de la paroisse. En 1860, il fait peindre la voûte de l'église en bleu ciel avec un semis d'étoiles d'or.
L'histoire de Michel Guérin n'est pas banale. Celui que l'on surnommait alors un peu malicieusement « le curé aux bonnes Vierges » a su - en son temps - marquer profondément ce petit coin du Bocage mayennais que Marie « la Madone aux étoiles » allait venir visiter le 17 janvier 1871

Les témoins de Notre Dame de Pontmain, le chapelet

Eugène Barbedette

Victoire Barbedette avait perdu son premier mari Augustin Friteau avec trois petites filles en 1856 lors d'une épidémie de typhoïde. Restée seule avec son fils Auguste, elle s'était remariée en 1857 avec César Barbedette dit « Bériot ». De ce mariage vont naître deux garçons.
Eugène est né à Pontmain le 4 novembre 1858. Très tôt, il fut, comme son frère, initié à la prière. N'oublions pas qu'à Pontmain, on priait le chapelet tous les jours dans toutes les familles et cela depuis l'arrivée de l'abbé Michel Guérin. Le travail manuel faisait aussi partie du quotidien.
« Aussitôt sortis de l'école, toutes sortes de petits travaux nous attendaient à la maison. Il fallait tourner le rouet de la mère et de la domestique, effilocher les vieux chiffons de laine, piler les ajoncs dans la grange, couper en tranches les betteraves et les carottes pour la nourriture des animaux. Je me souviens que ce travail était assez dur... Il n'y avait donc jamais pour nous un instant de paresse » (mots d'Eugène).
Le matin du 17 janvier 1871, après le travail avec le père, il fallait bien remplacer le frère aîné Auguste parti à la guerre ; il était allé à l'église prier et servir la messe avant d'aller à l'école. Le soir, il se retrouvait à la grange pour le travail quand sorti dehors « voir le temps » il vit le premier la belle Dame.

Joseph Barbedette

Joseph est né le 20 novembre 1860. Il était d'un caractère plus enjoué que son frère, plus jovial. Lui aussi comme son frère avait été formé par Victoire à la prière et au travail. L'éducation « selon Victoire » était celle que l'on retrouvait dans toutes les familles de l'époque. C'était la mère qui était investie de la charge de l'éducation. Non point que le père s'en désintéressât, mais il était pris par le travail des champs, tandis que la mère se tenait à la maison ; il n'intervient qu'en dernier ressort pour les cas jugés graves par la mère : « Je vais le dire à ton père ».
La sanction était la plupart du temps une « tok » ; les gifles c'étaient pour les plus petits rebelles de la ville. A la campagne, on donne une « tok ». Le mot exprime parfaitement ce qu'il représente. C'était le bruit que le geste produisait sur la joue du récalcitrant. Victoire, disait-on, avait la « tok » facile, et c'était musclé.
Joseph avait donc dormi à la grange avec Eugène comme ils étaient habitués à le faire. Réveillés de bonne heure par leur père, ils avaient travaillé, puis mangé la soupe du matin avant d'aller à l'église où ils vont faire la grande prière du matin, puis le chemin de croix (c'était une promesse faite à Auguste pour qu'il revienne sain et sauf de la guerre) avant de servir la messe.
« Oh ! la belle Dame ! Qu'elle est belle ! ». C'est par cette exclamation que Joseph sorti de la grange un peu après son frère va saluer l'apparition.

Jeanne-Marie Lebossé

Jeanne-Marie est née à Gosné (Ille-et-Vilaine) au village de Louvel le 12 septembre 1861. Elle était la fille unique de François Lebossé et de Jeanne-Marie Garancher. Dès le lendemain de sa naissance, elle avait été baptisée à l'église de Gosné par l'abbé Beaulieu, recteur.
Elle écrira plus tard : « Depuis l'âge de deux ans, à la mort de mon père, ma mère étant tombée paralysée, j'ai été recueillie par ma tante Supérieure des Sœurs Adoratrices de la Justice de Dieu, qui tenaient l'école à Pontmain » (12 décembre 1920).
Voilà donc Jeanne-Marie arrivée très tôt à Pontmain près de la tante Perrine Lebossé, en religion Sœur Marie-Timothée de la Croix née elle-même à Laignelet (Ille-et-Vilaine). Directrice de l'école, elle donne aussi des soins à domicile.
Pour Jeanne-Marie, la mort de son père et la maladie de sa mère qui entraînent la séparation sont sans nul doute une épreuve terrible qui la marque dès sa plus tendre enfance et que l'affection de la tante religieuse - malgré tous ses efforts - ne pourra compenser.
Se trouvant sur place, Jeanne-Marie va entrer très tôt à l'école, ce que dénoterait son esprit éveillé.
Le soir du 17 janvier, elle va suivre Sœur Vitaline avec les deux autres pensionnaires et elle va être témoin de tout ce qui se passe ce soir-là au-dessus de la maison d'Augustin Guidecoq.

Françoise Richer

On sait peu de choses de l'enfance de Françoise Richer. Elle était née en 1860.
Pensionnaire à l'école de Pontmain, elle vit là avec les religieuses : Sœur Marie-Timothée, Sœur Vitaline et Sœur Marie-Edouard et deux autres petites pensionnaires : Augustine Mouton, âgée de 13 ans, et Jeanne-Marie Lebossé (9 ans).
Une première fois, Victoire Barbedette était venue demander à Sœur Vitaline (Sœur Marie-Timothée était ce soir-là à sa communauté de Rillé Fougères) : « Ma Sœur, voudriez-vous venir chez nous ? Les garçons disent qu'ils voient quelque chose, mais nous on ne voit rien ».
Sœur Vitaline ne vit rien non plus, à l'exception des trois étoiles, mais fit cette réflexion judicieuse : « Si ce sont les enfants qui voient, c'est qu'ils en sont plus dignes que nous ».
De retour à l'école, Sœur Vitaline dira aux petites filles : « Petites filles, venez donc par là, Victoire a quelque chose à vous montrer ».
Les enfants hésitent. Françoise a peur de la nuit. Pourtant, c'est elle qui va voir la première. Arrivée au coin de la maison du cordonnier Rousseau, elle s'écrie : « Moi je vois bien quelque chose sur la maison Guidecoq, mais je ne sais pas ce que c'est ».
Elle fait les quelques pas qui la séparent de la grange avant d'écrier en même temps que Jeanne-Marie : « Oh ! la belle Dame » ! »
Françoise et Jeanne-Marie décrivent alors cette belle Dame, tout comme les garçons l'avaient déjà fait auparavant.

Les cinq phases de l' Apparition de Notre Dame de Pontmain, le chapelet

Alors le ciel s'ouvrit...
Les piloches viennent de s'arrêter... Dans la grange, on n'entend plus que la conversation de César Barbedette avec Jeanne Détais venue apporter quelques nouvelles des soldats glanées à Saint-Ellier où elle est allée ensevelir un mort. Eugène est sorti « voir le temps ». Voilà que soudain il aperçoit en plein ciel - au-dessus et en arrière de la maison d'Augustin Guidecoq - une belle Dame.

1ère phase de l'apparition


«Elle a une robe bleue et puis des étoiles dorées dessus et puis des chaussons bleus avec des boucles d'or, une couronne dorée qui va en s'agrandissant et puis un fil rouge au milieu de la couronne et puis un voile noir ».
La belle Dame lui sourit comme elle le fera pour Joseph qui vient le rejoindre quelques instants plus tard. « C'est vantée bé » (c'est peut-être bien la Sainte Vierge dira Victoire, leur mère).
Pendant cette première phase, tout se met en place pour ce qui va suivre : Victoire est allée chercher Sœur Vitaline, qui a son tour ira chercher Françoise Richer et Jeanne-Marie, deux petites pensionnaires et Sœur Marie-Edouard qui préviendra Monsieur le Curé. La population est accourue devant la grange et commence à prier avec Sœur Vitaline.

2ème phase


Monsieur le Curé arrive au milieu de ses paroissiens.

 

 

La foule parle, discute, s'agite.

« Prions » dit Monsieur le Curé. Sœur Marie-Edouard commence le chapelet.

 

On commence le « Magnificat ».


Joseph Babin, un charretier rentre alors du marché d'Ernée : «Vous pouvez bien prier, lance-t-il à la foule, les Prussiens sont à Laval».
Sur l'invitation de Monsieur le Curé, on chante les litanies de la Sainte Vierge.

On chante « Inviolata ». A l'invocation « O Mater alma christi carissima »,

On termine « Inviolata » et on chante le « Salve Regina ».

La foule prie en silence avec une grande ferveur.

Un ovale bleu avec quatre bougies éteintes apparaît autour de la belle Dame. Ainsi qu'une petite croix rouge sur la robe à l'endroit du cœur.

La belle Dame devient triste.

La belle Dame sourit à nouveau et au fur et à mesure de la prière, elle va grandir lentement. L'ovale s'agrandit lui aussi et les étoiles se multiplient.

Une grande banderole blanche se déroule sous les pieds de la belle Dame et puis un mot va s'écrire lettre après lettre : « MAIS ».

A cet instant, le mot « PRIEZ » vient s'écrire tout d'un bloc sur la banderole et puis deux autres mots : « MES ENFANTS ».

Des mots viennent s'écrire encore formant une phrase : « DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS. »

deux mots s'écrivent au début d'une deuxième ligne : « MON FILS ».

Le message va se terminer par « SE LAISSE TOUCHER ».

Marie - car on est sûrs que c'est Elle, (la banderole porte bien « MON FILS ») sourit toujours.

3ème phase

On chante le cantique
« Mère de l'Espérance,
Dont le nom est si doux,
Protégez notre France,
Priez, priez pour nous ».

« Oh ! Qu'elle est belle » redisent sans cesse les enfants.

« Il y a comme un rouleau couleur du temps qui est passé » disent les enfants.

On chante alors un dernier cantique - celui qu'on a chanté à l'école cet après-midi.

La Vierge Marie élève les mains à hauteur de ses épaules et remue les doigts au rythme du cantique comme pour l'accompagner sur un instrument invisible.

 

Marie est toute souriante.

La banderole et le message sont disparus.

 

Le visage de Marie est empreint d'une immense douleur. Elle semble prononcer les paroles, mais on n'entend pas sa voix.

4ème phase

Mon doux Jésus, enfin voici le temps
De pardonner à nos cœurs pénitents
Nous n'offenserons jamais plus
Votre bonté suprême, ô doux Jésus

Avec le Parce Domine comme refrain.

 

« V'là qu'elle retombe en tristesse » disent les enfants.

La foule silencieuse prie intensément.

Une croix toute rouge avec un écriteau blanc où on lit « JESUS-CHRIST » apparaît devant Elle. Sur la croix, un Christ tout rouge lui aussi.

La Vierge prend la Croix des deux mains et l'incline vers les enfants.

Une petite étoile se détache et vient allumer les quatre bougies à l'intérieur de l'ovale, comme Monsieur le Curé le fait à l'église sur l'autel de la Sainte Vierge.

L'étoile va ensuite prendre place au-dessus de la tête de la Vierge.

5ème phase

Sœur Marie-Edouard entonne l'hymne « Ave Maris Stella ».

«Mes chers amis, dit Monsieur le Curé, nous allons faire tous ensemble la prière du soir».
Chacun se met à genoux là où il est. Au moment de l'examen de conscience, voilà du nouveau.

«Voyez-vous encore ?» dit l'abbé Guérin.

«Non ! Monsieur le Curé tout a disparu. C'est tout fini».

Il est près de neuf heures. Chacun rentre chez soi. Les cœurs sont en paix. Toute crainte s'est envolée.

Le crucifix rouge disparaît. Une petite croix blanche apparaît sur chacune de ses épaules et de nouveau la Sainte Vierge sourit aux enfants.

 

Un grand voile blanc apparaît aux pieds de la Vierge. Il monte lentement devant Elle en la cachant progressivement. Il arrive au visage, puis à la couronne.
Et tout disparaît.

Le Pèlerinage de Notre Dame de Pontmain , la récitation du chapelet

Le 17 janvier 1871, pendant trois heures, la Sainte Vierge Marie illuminait le ciel de Pontmain devant quelques enfants. Seize ans auparavant, le tout nouveau diocèse de Laval, avait été voué à l'Immaculée Conception de la Vierge Marie.
Monseigneur Casimir Wicart, évêque de Laval, ordonna tout de suite une enquête minutieuse sur l'événement et vint lui-même à Pontmain interroger les uns et les autres. D'autres investigations et interrogatoires furent menés par la suite, mais dès le 2 février 1872, par un acte canonique très déterminé, l'évêque prononça solennellement sa sentence. Il reconnaissait l'authenticité de l'apparition, approuvait le culte de Notre Dame de l'Espérance de Pontmain et appelait à la construction d'un sanctuaire.
L'abbé Michel Guérin étant mort après 36 ans de service à Pontmain, l'évêque faisait appel aux Missionnaires Oblats de Marie Immaculée comme animateurs des premiers pèlerinages et prédicateurs apostoliques dans toute la région de l'ouest. Il les avait connus quand il était évêque de Fréjus. Ils furent mis en charge le 1er octobre 1872. Par coïncidence, à la même époque, les Oblats furent aussi appelés à desservir comme chapelains la future Basilique du Sacré Cœur de Montmartre.
Moins d'un an plus tard, le 18 juin 1873, Mgr Wicart bénissait la première pierre du sanctuaire de Pontmain. C'était son chant du cygne : i1 allait mourir peu après.
Ses successeurs entrèrent tout à fait dans ses vues, et confirmèrent ses décisions, mais eurent un épiscopat assez court : 10 ans, 48 jours, huit mois, 5 ans, et 4 ans. Avant la fin du siècle pourtant, le 15 octobre 1900, Mgr Pierre Geay, consacrait la basilique.

 

Evidemment beaucoup de personnes faisaient déjà le déplacement de Pontmain, en carriole, mais souvent aussi à pied, et parfois venaient de très loin. Dès le premier anniversaire, le 17 janvier 1872, on comptait 8.000 pèlerins. L'affluence ne fit que croître avec les années.
On assistait à la messe de 10 heures dans la petite église paroissiale, puis on allait en procession à la grange et à la petite colonne élevée en souvenir de l'apparition ; on écoutait une instruction, et on revenait pour le salut du St Sacrement.
Mais pas de basilique encore. C'est à l'endroit de l'apparition que le sanctuaire se construisait. Le terrain qui s'appelait précédemment « Les Douves du Château », appartenait à Monsieur Morin du Tertre, mais à la nouvelle de l'apparition il s'était écrié joyeusement : « ce champ ne m'appartient plus ; la sainte Vierge me l'a volé ! »


En septembre 1873, pendant six jours se succédèrent près de 40.000 pèlerins venus de toute la région, doyenné par doyenné. « Autant d'hommes que de femmes, remarque un contemporain». Les rumeurs malveillantes ou alarmistes ne manquaient pourtant pas en cette époque agitée : « l'estrade s'est écroulée, il n'y a plus rien à manger, pas de place pour les carrioles, pourquoi aller là-bas, c'est la misère, cette croix rouge veut dire le sang, donc la guerre va recommencer etc »
Le 17 janvier 1877, on célèbre pour la première fois la messe dans le chœur de la nouvelle église. On a prié « comme aux 6 jours de 1873 ! » Les invocations plaisent beaucoup aux pèlerins. La chronique nous explique : « Ces acclamations lancées d'une voix forte et sonore par un prêtre et terminées par l'Amen solennel de tous les pèlerins étaient d'un effet saisissant et ont donné à la cérémonie le caractère d'une importante manifestation de foi ».
Le projet était d'élever un gigantesque clocher avec au sommet une statue de la Vierge. Mais le terrain n'était pas assez solide. La tour s'effondra et on dut se contenter des deux clochers déjà construits et d'élever la voûte à 35 mètres. Celle-ci fut posée en 1883.
Le 11 octobre 1896, grande fête pour la bénédiction du carillon. Le Père Achille Rey est supérieur des chapelains depuis trois ans après avoir été à Montmartre où il avait installé la plus grosse cloche du monde, la Savoyarde. Cette fois-ci, 33 cloches sont prévues... La journée entière est une immense fête. Mais le comble ce sera le soir, « après la récitation du Rosaire, lorsque sur la façade et au premier étage de la basilique, pendant que le P. Lemius, d'une voix tonnante, parlera à la foule, des projections lumineuses des professeurs du Collège de l'Immaculée Conception de Laval dérouleront sous les yeux de tous quelques poses des diverses phases de l'Apparition. Alors l'enthousiasme électrisera tous les cœurs et les chants s'élèveront pour chanter, chanter encore, comme on chantait le soir du 17 janvier ».


Le 15 octobre 1900 a eu lieu la consécration de la grande église. La cérémonie sera très belle et longue, rappelant les rites bibliques de la consécration du Temple.
En 1903, les Oblats, comme tous les autres religieux, étaient expulsés de France. Ils ne reviendront que longtemps après la première guerre mondiale. Heureusement, le clergé du diocèse avait pris leur relève.
En 1908, les 22-23-24 septembre, proclamation solennelle de la Basilique Notre Dame de l'Espérance de Pontmain, en présence de 2 archevêques, 4 évêques, 600 prêtres, 15.000 pèlerins.

Que sont devenus les voyants de Notre Dame de Pontmain, le chapelet

Eugène Barbedette, le premier qui aperçut la Belle Dame au soir du 17 janvier 1871 et qui recueilli son ineffable sourire garda toujours la réserve la plus grande à l'égard de cet événement. D'une humilité profonde, il resta fidèle à sa ligne de conduite : ne jamais parler de l'Apparition, sinon par devoir ou par obéissance, ni pendant son Petit Séminaire, ni pendant le cours de ses études théologiques, ni dans les différents ministères qui lui furent confiés.


Prêtre très attaché à son devoir, il édifia toutes les paroisses par lesquelles il passa : vicaire à Renazé et à N-D. de Laval, curé à Peuton puis à Châtillon-sur-Colmont où il mourut, le 2 mai 1927, après y avoir exercé pendant dix-sept ans son ministère. Son corps repose dans le cimetière de Châtillon-sur-Colmont.

Joseph Barbedette avait dix ans au moment de l'Apparition. Un peu plus tard, il entra au Petit Séminaire de Mayenne, puis au Grand Séminaire de Laval. Appelé à la vie religieuse, il entra chez les Pères Oblats de Marie Immaculée qui desservaient alors le pèlerinage de Pontmain. Novice à St-Gerlach près de Maästricht en Belgique, il fut ensuite envoyé à N-D. de Sion près de Nancy où il fut chargé de l'économat et de la direction des Frères Coadjuteurs.
Fatigué, il vint se reposer quelques mois à Pontmain et c'est là qu'il écrivit pour son Supérieur le Récit d'un voyant. Envoyé dans le diocèse de Bordeaux, il occupa le poste de vicaire à N-D. de Talence. Plus tard, nommé Supérieur et maître des novices au Bestin en Belgique, il y fonda un orphelinat.
En 1906, il rentra en Mayenne comme missionnaire à Château-Gontier. Condamné comme religieux en 1910, il se fixa à Laval. Puis il reçut la charge de la paroisse de Vautorte, St-Pierre sur Erve et enfin Boulay. Terrassé par la maladie, il rentra à Pontmain le 15 juillet 1929 et c'est là qu'il mourut pieusement le 3 novembre 1930. Au cimetière de Pontmain, il repose selon son désir, dans le caveau de sa mère, tout près du caveau des Pères Oblats.

Françoise Richer. Elle resta ce qu'elle était au moment de l'Apparition : une âme profondément chrétienne, accomplissant simplement sa tâche de chaque jour « pour faire plaisir au Bon Dieu et à la Bonne Vierge ».
Péniblement elle gagna sa vie comme domestique puis en rendant service à l'enseignement libre dans plusieurs petites écoles de campagne.
Vers 1900, elle vint chez l'abbé Eugène Barbedette pour tenir son presbytère à Peuton, d'abord, puis à Châtillon-sur-Colmont où elle passera les quinze dernières années de sa vie, laissant la réputation d'une chrétienne exemplaire et modeste. Dans la soirée du 28 mars 1915, elle mourut sans agonie mais non sans grande souffrance. Aussitôt après son dernier soupir, son visage redevint calme et elle semblait dormir.
Comme celui de l'abbé Eugène Barbedette, son corps repose dans le cimetière de Châtillon-sur-Colmont.

Jeanne-Marie Lebossé. Désireuse de devenir religieuse institutrice, par l'entremise des RR.PP Oblats de Marie, elle entra en relation avec la Sainte Famille de Bordeaux, congrégation aux branches multiples.
Le 8 septembre 1881, elle prend l'habit et reçoit le nom de Sœur Saint-André. De 1903 à 1909, elle séjourne en Belgique puis elle se rend à la maison de retraite de Bordeaux pour y prendre la direction de la sacristie, obédience qu'elle remplit avec joie et grande piété. Son humilité sans apprêt, sa charité discrète et dévouée, le charme de son sourire et de son regard : voilà ce qui la distinguera.
Elle rendit à sa communauté les meilleurs services pour toutes sortes de travaux manuels. Son talent de peinture fut souvent mis à contribution.
Pendant dix ans, elle sera paralysée et c'est en mars 1933 qu'elle sera réduite à une impuissance absolue. Elle rend son âme à Dieu le 12 décembre 1933. Son corps repose au cimetière central de Bordeaux dans le caveau de sa communauté.